Johanna BROUSSE
Johanna Brousse est magistrate du 1er grade. A l’issue de sa scolarité à l’École Nationale de la Magistrature (promotion 2010), elle a exercé des fonctions de substitut du procureur placé près le procureur général de la Cour d’appel de Paris puis de vice procureur au Tribunal judiciaire de Paris.
Elle a intégré la section de lutte contre la cybercriminalité en septembre 2017 pour en prendre la direction en septembre 2020. Cette section a compétence nationale en matière de lutte contre la cybercriminalité. Elle fait partie de la Juridiction Nationale de Lutte contre la Criminalité Organisée (JUNALCO), rattachée au parquet de Paris.
Johanna Brousse participe également régulièrement à des actions de formation notamment auprès de l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM – Codirectrice des sessions de formation cybercriminalité), de l’IHEDN, de l’Ecole de Formation du Barreau (EFB), des Universités de Paris (Paris I et Paris II) et de Sciences Po Paris.
Elle a par ailleurs exercé différentes missions d’expertise internationale en matière de lutte contre la cybercriminalité (Conseil de l’Europe, Expertise France).
À l’initiative d’Anne Gabrielle Heilbronner, l’Institut Aspen France a organisé un Déjeuner Femmes d’Aspen autour de Johanna Brousse, vice-procureure au parquet de Paris et cheffe de la section de lutte contre la cybercriminalité. Les échanges, modérés par Jean Christophe Bas, ont offert une plongée rare dans la réalité judiciaire de la cybermenace.
Figure centrale de cette lutte, Johanna Brousse, qualifiée de « cyber-combattante », incarne une magistrate en première ligne face à une criminalité devenue internationale, structurée et profondément déstabilisatrice pour l’État de droit.
En ouverture, la lecture d’un extrait de 1984 de George Orwell a donné le ton. Non comme une dystopie lointaine, mais comme un avertissement très actuel. Dans un monde profondément transformé par le numérique, la protection de l’État de droit et de nos démocraties appelle une réponse collective.
Les échanges ont permis d’approfondir plusieurs enjeux majeurs :
🔹 Le ransomware reste la menace centrale
Ces logiciels malveillants chiffrent les données des victimes et visent hôpitaux, collectivités, entreprises et citoyens. La double extorsion s’est généralisée : si la rançon n’est pas payée, les données sont diffusées sur le dark web, plaçant les victimes sous une pression économique et réputationnelle extrême.
🔹 La cybercriminalité s’est professionnalisée
Hackers recrutés, organisés, parfois liés à d’autres formes de criminalité. Là où autrefois l’on braquait une banque avec une arme, il suffit désormais d’un ordinateur.
🔹 Les attaques cyber relèvent aussi de stratégies étatiques
Certaines affaires traitées par le parquet de Paris illustrent la dimension géopolitique et humaine des cyberattaques. Ces incidents montrent que le cyber devient un outil de conflictualité entre États, nécessitant une coordination étroite avec les services de renseignement et une riposte judiciaire stratégique.
🔹 La justice a changé de place dans la riposte de l’État
Mandats d’arrêt, démantèlement d’infrastructures, saisies d’avoirs, coopération internationale et européenne via Eurojust, magistrats de liaison et demandes d’entraide pénale permettent désormais d’agir efficacement. La justice ne se limite plus à la sanction : elle est un outil intégré à la riposte de l’État, capable de faire passer des messages sur la scène internationale. Aujourd’hui, il faut miser sur une justice spécialisée et la justice pénale négociée, qui permettent d’agir plus rapidement et efficacement. Elle agit sous pression et parfois sous menace, ce qui rend le combat concret et humain.
🔹 Les plateformes numériques sont désormais soumises au respect du droit
Avec la loi LOPMI (2023), qui renforce l’arsenal juridique contre la cybercriminalité, de nouveaux outils juridiques existent. Les plateformes ne sont ni diabolisées ni exonérées : leur responsabilité est désormais une question juridique et démocratique centrale.
🔹 La réponse ne peut être que collective et de long terme
Justice, services de renseignement, ANSSI, DGSI, CNIL, Viginum, entreprises privées, journalistes, chercheurs, associations : tous participent à un écosystème indispensable pour agir efficacement. L’éducation reste un levier majeur, avec des initiatives concrètes comme le projet Cactus, qui sensibilise les collégiens aux risques numériques.
🔹 Les menaces évoluent et se complexifient avec l’IA, qui ne se contente pas de démocratiser l’accès au savoir, mais transforme en profondeur les modes opératoires criminels, abaisse les barrières techniques et accélère l’industrialisation des attaques.
⚖️ Au fond, la cybercriminalité interroge directement notre capacité à défendre l’État de droit dans un espace numérique devenu un champ de bataille
La justice ne peut agir seule. Sa force dépend de sa place dans une riposte collective, coordonnée et assumée. À l’ère numérique, la résistance démocratique est une responsabilité collective.
Un grand merci à McCourt pour son soutien !
