Nous regarder même en peinture : la beauté comme expérience de vérité
Nom du conférencier :
Paul Audi, Philosophe
« Je vous dois la vérité en peinture, et je vous la dirai. », Paul Cézanne
C’est par cette phrase que s’ouvre la réunion autour de Paul Audi, invité de la série « Lectures d’Aspen – Société », modérée par Guillaume Pfister. Une phrase qui dit déjà l’essentiel : la peinture ne se contente pas de montrer, elle engage la vérité.
📖 Dans 𝘓𝘦 𝘝𝘳𝘢𝘪 𝘥𝘶 𝘉𝘦𝘢𝘶, Paul Audi part d’une expérience très simple et très forte : la fonction consolante de la peinture face à la dureté du monde. Il en fait un musée imaginaire, guidant le lecteur à travers des œuvres qui interrogent toutes la même chose : qu’est-ce que la vérité en peinture ?
Regarder, ce n’est pas voir. Regarder, c’est quand le tableau nous regarde, quand les regards se rencontrent.
C’est là que tout bascule. La peinture devient un apprentissage du regard, un espace où l’on accède autrement au vrai et au beau. Mais, est-il encore possible, dans notre monde, de faire cette expérience-là ?
Pour Paul Audi, l’art met en jeu quelque chose de vital : la vérité. Il ne la représente pas, il la fait advenir dans l’expérience même du regard.
🖼️ Avec Monet, 𝘓𝘦𝘴 𝘕𝘺𝘮𝘱𝘩𝘦́𝘢𝘴 deviennent une membrane entre la vie et la mort, un espace clos qui sépare et protège. Avec Matisse, dans 𝘓𝘦𝘴 𝘗𝘰𝘪𝘴𝘴𝘰𝘯𝘴 𝘳𝘰𝘶𝘨𝘦𝘴, l’expérience est presque troublante : on s’approche du tableau, on pense le regarder, et peu à peu une impression s’installe, comme si c’était lui qui nous regardait. Le regard s’inverse. Quelque chose nous retient, nous accroche, souvent à partir d’un détail. Et l’émotion naît exactement là, dans cette rencontre entre deux regards.
Manet, avec 𝘓𝘦 𝘋𝘦́𝘫𝘦𝘶𝘯𝘦𝘳 𝘴𝘶𝘳 𝘭’𝘩𝘦𝘳𝘣𝘦, renverse tout : il n’y a rien à voir, mais tout à regarder. Velázquez, dans 𝘓𝘦𝘴 𝘔𝘦́𝘯𝘪𝘯𝘦𝘴, pousse encore plus loin cette souveraineté du pictural sur l’iconique.
Au fil des échanges, la discussion a aussi porté sur notre rapport contemporain aux images : leur accélération, leur artificialité croissante, et la difficulté grandissante de leur accorder du crédit à l’ère de l’IA. Face à cela, la peinture continue d’exiger autre chose : de l’attention, de la durée, une présence réelle du regard.
Car la peinture impose un temps long. Elle résiste au flux permanent des images et nous oblige à retrouver une forme de mémoire et de souveraineté du regard. Peut-être est-ce aussi pour cela qu’elle reste si nécessaire aujourd’hui.
🙏 Un grand merci au Groupe Henner pour son soutien et aux participants pour la qualité des échanges.



