Intelligence humaine et artificielle : qui décide de quoi ?
L’IA décide-t-elle mieux que nous ?
C’est une étude américaine sur le diagnostic médical qui a servi de point de départ à l’échange avec Hazan. Eric, invité des Lectures d’Aspen Société : quand le diagnostic est posé par les meilleurs médecins, il atteint 74 % de réussite. L’IA seule atteint 91 %.
De ce constat est né le livre coécrit avec Olivier Sibony, « Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’IA ».
L’échange, modéré par Guillaume Pfister, a mis en lumière plusieurs points clés :
🔹 L’IA introduit un véritable changement épistémologique : elle mathématise davantage notre rapport au monde, transforme l’incertitude en probabilité, et optimise des métriques là où nous restons soumis à de nombreux biais humains. Elle se révèle ainsi plus performante dans des secteurs comme la fraude bancaire, la logistique ou le diagnostic médical.
⚔️ Dans le domaine militaire, l’évolution est frappante. En Ukraine, un opérateur de défense antiaérienne disposait de cinq minutes pour décider d’ouvrir le feu au début du conflit ; quatre ans plus tard, ce délai est tombé à une minute. À cette vitesse, l’humain n’a plus vraiment le temps de juger : il exécute une décision déjà prise en amont, au moment où le système a été conçu et programmé. L’enjeu n’est donc plus de savoir qui décide mais qui fixe les objectifs, qui définit les règles du système, qui accepte le niveau de risque et qui assume l’erreur si elle survient.
⚖️ Quelques domaines doivent rester du ressort de la décision humaine : ce qui concerne la mort (armes létales), la justice (un homme doit en juger un autre), la création artistique, les décisions personnelles engageantes etc.
🔍 Comment garder le contrôle ? Trois leviers se dégagent :
* Auditer régulièrement les systèmes et les données qui les alimentent
* Être capable d’expliquer les décisions prises par les modèles
* Garantir à chacun un droit de recours face à une décision automatisée
🗳️ Trois scénarios possibles pour le monde de demain ont été évoqués : la technophobie, la technophilie, et — entre les deux — une troisième voie : construire une IA de confiance, avec une véritable implication des citoyens et des entreprises.
✝️ Ces réflexions ont trouvé un écho contemporain dans l’encyclique du pape Léon XIV, 𝘔𝘢𝘨𝘯𝘪𝘧𝘪𝘤𝘢 𝘏𝘶𝘮𝘢𝘯𝘪𝘵𝘢𝘴 : la technologie ne doit pas nous déposséder de notre esprit — posant ainsi la question d’un nouveau contrat social à l’ère de l’IA.
🙏 Merci à Hazan. Eric pour cet échange, et un grand merci au Groupe Henner pour son soutien



